Débutant

Comment sublimer son dessin grâce aux valeurs ?

Cela fait un bon moment que je cherche comment expliquer, dans un article pas trop rébarbatif, l’importance des valeurs en dessin !

Très souvent, lorsque l’on débute en dessin, le principal souci est de maîtriser le trait, de réussir le « dessin » à proprement parler.

Mais une fois cette étape (difficile) franchie, il va falloir donner du « corps » à son dessin, à moins de se contenter à jamais d’un simple dessin au trait !

L’étape suivante : ce sont les valeurs.

Car il va falloir remplir son dessin, l’ombrager ! C’est là qu’interviennent les valeurs de gris.

Mais que signifie le mot « VALEURS » en dessin ? Ne dit-on pas : « se mettre en valeur » ?

C’est-à-dire « donner du relief », « se mettre en lumière » ??? Est-ce la même chose pour un dessin ?

Et quels sont les exercices pratiques à mettre en place pour apprendre à les maîtriser ?

Toutes ces questions, je me les suis posées de nombreuses fois tout au long de mon parcours d’artiste, confondant allègrement valeurs, ombres et contraste dans un joyeux bazar !

Et toutes ces questions, je me les pose à nouveau aujourd’hui, en écrivant cet article, pour vous apporter les meilleures solutions, les méthodes les plus efficaces et surtout les plus simples !

Alors, si je vous disais que vous n’aurez besoin que deux valeurs pour y arriver ?

Trop simpliste vous me diriez et vous auriez en partie raison !

Les valeurs se déclinent à l’infini…

Mais je vais vous expliquer pourquoi le succès de cette étape cruciale en dessin peut être garanti en se concentrant sur deux valeurs uniquement et en appliquant un protocole simple et efficace : la clé tonale !

Et j’espère que cet article va vous apporter une aide précieuse et vous donner des pistes pour progresser car la maîtrise des valeurs est la base du dessin réaliste !

C’est parti !!!

Définition des valeurs en dessin

Petite définition rapide

Ce sont toutes les nuances de gris que l’on obtient en dessin en faisant varier à la fois la densité des traits et la pression exercée sur le crayon : l’étendue de cette gamme, qui va du noir profond au blanc le plus pur, s’appelle l’échelle des valeurs.

Cette représentation graduée de la lumière sur un objet donné, est avec la perspective, un des éléments à la disposition de l’artiste pour transformer un dessin à plat en un dessin tridimensionnel.

Dans le dessin de portrait au crayon graphite, elle a même une importance cruciale, la cohérence des valeurs étant une condition indispensable au réalisme et à la ressemblance avec le modèle !

Mais si cette échelle possède une gamme infinie de valeurs intermédiaires, il nous sera impossible de toutes les représenter, se serait même contreproductif !

Avec une dizaine de valeurs, et même moins lorsque l’on débute, on pourra :

  • Donner de la perspective
  • Ajouter de la profondeur
  • Accroître le réalisme
  • Donner de l’éclat
échelle des valeurs maison
Echelle des valeurs faite maison !

Pourquoi est-ce si important pour réussir mon dessin ?

La notion de « valeurs », malgré son importance, est plutôt mal comprise et de ce fait, mal exploitée par de nombreux dessinateurs !

Cela ne vous est jamais arrivé de commencer un dessin et de ne pas arriver à saisir le petit truc qui va le rendre vraiment extraordinaire !!!?

Lorsque je débutais et que je réalisais mes premiers portraits au crayon, mon premier défi était de réussir à respecter les proportions de mon modèle, quel qu’il soit, de ne pas déformer ses traits, de respecter les proportions, etc.

Une fois cette difficile étape franchie, il restait une autre épreuve, tout aussi redoutable : celle de la mise en volume, avec la mise en place des ombres et des contrastes ! Car tout dessin reste une coquille vide sans cela.

Très souvent, trop souvent à mon goût d’ailleurs, je ne comprenais pas pourquoi ce moment-là signait systématiquement la fin de tous mes espoirs ! Inévitablement, je gâchais mon dessin par le mauvais usage de mes valeurs, tout était trop sombre ou pas assez et le résultat final était généralement un fiasco !

J’avais beau me concentrer, me focaliser sur ce que je voyais, impossible de restituer le modelé d’un visage, l’aspect pulpeux d’une lèvre ou l’expression d’une fossette !

J’avais du mal à distinguer les différences de nuances, à distinguer les valeurs les unes des autres et à les organiser, à mettre la bonne valeur au bon endroit pour respecter la cohérence du modèle.

Eh bien, c’est une affaire d’ombrage et donc de respect des valeurs ! Cette mauvaise gestion, cette confusion va complètement « brouiller le teint » du portrait et provoquer une cacophonie sur le résultat final !

Les valeurs sont la « chair » de votre dessin, vous allez modeler votre dessin à l’aide des dégradés de blanc, de gris et de noir, plus ou moins subtilement pour obtenir de la matière, donner du volume et du relief.

Trop ou pas assez, bien ou mal placées, ces valeurs vont sublimer ou à l’inverse complètement massacrer votre dessin ! Il est donc indispensable d’apprendre comment les distinguer et comment les placer au bon endroit !

Apprendre à distinguer correctement les valeurs

Le problème de la confusion des valeurs

Je vous l’ai dit, distinguer et poser correctement les valeurs en dessin est essentiel mais souvent plus compliqué qu’on ne le pense ! En effet, l’œil humain est vraiment mauvais pour évaluer les valeurs de manière isolée.

C’est la loi du contraste simultané des couleurs, une des caractéristiques de la perception humaine des couleurs énoncée en 1839 par le chimiste Michel-Eugène Chevreul :

Regardez bien cet exemple très connu d’illusion d’optique, l’échiquier d’Adelson, que j’utilise souvent à titre d’exemple et qui illustre parfaitement cette particularité de l’oeil humain :

A gauche l’illusion d’Adelson et à droite la preuve par l’image de l’illusion !

Dans cet exemple, notre cerveau pense que les carrés A et B ci-dessus sont de couleurs très différentes, alors qu’en fait, ils sont strictement identiques !

Notre œil est trompé par l’ombre portée du cylindre vert et les cases foncées autour de la case B (ou les cases claires à côté de la case A) de ce fait, Il rectifie et éclaircit (ou fonce) la case concernée.

C’est une illusion de contraste saisissante !

De même, dans cet exemple, de la même manière, l’œil va percevoir un dégradé là où il n’y en a pas à cause du contexte. La bande centrale est de couleur parfaitement uniforme !!!

Si vous ne me croyez pas, testez vous-même en imprimant l’image et en découpant la bande centrale !

Le gris parait plus foncé dans un environnement clair et inversement ! C’est encore la loi du contraste simultané des couleurs qui est à l’origine de ce trompe-l’œil ou plutôt devrait-on dire de ce « trompe-cerveau » !!!

Bien entendu ces deux illusions sont la preuve que l’œil humain est faillible et source d’erreurs.

Mais elles sont aussi un atout précieux pour l’artiste qui va utiliser à son avantage ces failles pour restituer l’illusion de la réalité !

Alors, puisque notre perception visuelle est imparfaite, comment faire pour reproduire correctement les bonnes valeurs de son dessin ?

Comme toujours, j’ai fait le choix de la simplicité : je vais vous montrer que l’essentiel est de trouver les deux valeurs de référence qui vont déterminer l’ensemble de la gamme !

Comment bien les utiliser ?

Le meilleur moyen pour comprendre ce choix de simplicité est de regarder un dessin au pochoir !

Dans ce genre d’art visuel, la représentation d’un objet ou d’un visage, va passer uniquement par deux valeurs : le noir et le blanc à l’exclusion de tout autre, formant ainsi un dessin basé uniquement sur le contraste !!!

Malgré ce minimalisme ou peut être grâce à lui, la ressemblance est saisissante et notre cerveau l’interprète sans aucun problème !

Un pochoir de Woody Allen, surprenant de ressemblance n’est-ce pas ?

Trouver la clé tonale du dessin

C’est en regardant ces fameux portraits au pochoir que j’ai compris comment éviter les principaux écueils et se concentrer sur l’essentiel : le contraste.

Partant de cette notion, je me suis appuyée sur une procédure de mise en place des valeurs simple et non interprétative : la gamme tonale du dessin ou clé tonale du dessin.

Pour faire simple, je cherche les deux valeurs de références du modèle : la plus foncée et la plus claire.

Faciles à repérer sans trop d’erreur, il suffit de les mettre directement en place sur son dessin, à la manière du dessin au pochoir : ce sont des repères.

On l’a vu dans l’exemple du dessin surexposé à la lumière, seules restent les valeurs extrêmes : le plus clair et le plus foncé !

Ensuite, je mets en place une hiérarchie, un garde-fou visuel qui part de ces deux valeurs extrêmes pour trouver où placer les intermédiaires avec un minimum d’erreur !

Cette procédure élimine le risque de confusion en posant dès le début les valeurs de référence et ne les positionnant au bon endroit.

Ensuite, cette « clé » établie, on procède étape par étape, en repérant et en ombrant les zones légèrement moins foncées ainsi que celles légèrement moins claires et ainsi zones après zones jusqu’à terminer sur une dernière valeur commune, bouclant ainsi la gamme !

Pour mettre en image mes propos, j’ai numérisé dans un logiciel photo ce portrait de femme et j’ai appliqué le filtre « posterize », un terme anglais qui désigne l’action de « réduction du nombre de valeurs » !

En réduisant les valeurs à 2 (le minimum) on obtient exactement la version « pochoir » de cette photo !

Les images suivantes vous montrent comment l’augmentation du nombre de valeurs détermine l’apparition de courbes de niveaux à la manière de nos cartes IGN !

Cet exemple un peu technique permet de visualiser et de distinguer les fameuses valeurs en limitant leur nombre et en les graduant.

Ce sont elles qui vont déterminer la ressemblance et constituer le guide pour la mise en place des valeurs intermédiaires !

Lorsque je dessine un portrait, de la même manière, je me focalise énormément sur les zones de lumière et d’ombre : la clé tonale du dessin !

Je n’essaie pas de regarder un visage dans le détail, je me concentre sur ce qui va constituer son essence, sa trame, c’est-à-dire les zones d’ombre et de lumière qui le composent et vont déterminer ses traits, ses caractéristiques.

Pour cela j’utilise une méthode très connue aussi : le floutage.

Je m’explique : lorsque l’on regarde quelque chose sans faire la mise au point, en plissant les yeux, l’image apparaît floutée et on ne distingue que les masses sombres ou claires, sans que notre cerveau distingue les traits du visage, à la manière d’un dessin au pochoir !

C’est aussi une des notions de base importante en dessin : se concentrer sur ce que l’on voit et non sur ce que l’on connait.

N’oubliez pas l’exemple de l’illusion d’Adelson ! Notre cerveau se représente ce qu’il est censé voir, et son interprétation peut être source d’erreur, de tromperie !

En éliminant certains repères visuels, on diminue les risques d’erreurs d’interprétation de notre cerveau et l’on peut réellement VOIR.

Comment apprendre à utiliser les valeurs de gris ?

Il existe quelques exercices faciles et ludiques pour commencer à travailler sur les valeurs.

Cela permet en plus de prendre la mesure de toutes les possibilités qu’offrent ces dernières !

Pour cela vous n’aurez besoin que de quelques feuilles blanches, d’un crayon HB (présent dans toutes les trousses d’écolier !) et d’une gomme ! Et éventuellement d’un mouchoir en papier pour estomper !

Pour vous permettre de réaliser ces exercices facilement, vous pouvez télécharger les modèles en cliquant sur les liens.

Les différents moyens d’exprimer la gamme des gris

Dans ce premier exercice, on va simplement créer des dégradés de gris du plus clair au plus foncé, en augmentant simplement la pression du crayon sur le papier.

Pour obtenir un dégradé réussi il faut être régulier et contrôler la pression sur son crayon.

Remplissez la bande horizontale d’un dégradé de gris en utilisant les hachures.

Réalisez le même exercice en utilisant l’estompe (ou le mouchoir) pour fondre les traits et harmoniser le dégradé.

Astuce : commencez le crayonnage du côté opposé à la main qui dessine et inclinez bien votre crayon pour éviter de « griffer » le papier et utiliser la plus grande surface possible de mine !

Cliquez ici pour télécharger le modèle

Traduire l’espace

Dans cet exercice très simple mais visuellement très réussi, on utilise les différentes valeurs pour restituer l’espace et la distance dans un paysage simple : c’est la perspective atmosphérique !

On va utiliser son crayon HB pour colorer avec des gris différents chaque surface et ainsi traduire l’éloignement et la profondeur du paysage.

Pour cela, on réalisera un dégradé de gris dont la valeur la plus claire sera le ciel et la plus foncée le premier plan.

Dans mon exemple, j’ai réduit la taille du modèle à imprimer (format vignette) pour éviter de crayonner des heures durant !!!

Cliquez ici pour télécharger le modèle

Exprimer la matière

Autre rendu possible avec les valeurs, la matière : ici on va utiliser 4 à 5 valeurs différentes pour restituer l’effet métallique de plusieurs objets simples !

Je vais être honnête avec vous : je déteste cet exercice ! Il demande beaucoup de rigueur et une grande précision dans sa réalisation pour obtenir un rendu parfait !

Mais il a un réel intérêt dans l’apprentissage des valeurs.

Attention : pensez à tracer des traits bien rectilignes (vous pouvez vous aider d’une règle) et estompez toujours dans le même sens pour obtenir un résultat convainquant !

Cliquez ici pour télécharger le modèle

Donner du volume

Utilisez au moins deux valeurs de gris différentes de façon répétitive pour donner du relief à ce motif géométrique :

Cliquez ici pour télécharger le modèle

Traduire la lumière

Ce dessin de bougie est vraiment parlant pour montrer combien le bon usage des valeurs est important : grâce au contraste, on va créer l’illusion de la lumière !

Cliquez ici pour télécharger le modèle

Pour conclure !

Comme vous l’avez lu, le sujet est vaste et passionnant !

C’est à la fois un sujet simple et complexe.

Simple car il est facile à comprendre et les exercices pour l’appréhender sont à la portée de tous, même débutants !

Complexe, car il ouvre la voie vers toutes les subtilités du dessin, le réalisme, la 3D, etc.

Laissez-moi un commentaire pour me dire ce que vous avez pensé de cet article et s’il vous a intéressé… ou pas !

Et je vous dis à très bientôt pour un article dans la suite logique de celui-là : le cercle chromatique !

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